Un choix impossible

L’enveloppe était là dans ma boîte aux lettres. Ponctuelle. Elle arrive tous les ans à la même époque depuis 2014. Mais cette année, c’est différent.

Il faut faire un choix.

J’ai toujours su qu’un jour nous allions devoir choisir. Nous en avons souvent parlé l’homme et moi sans jamais réussir à trouver de réponse à la question posée par cette lettre :

Que faire de nos embryons?

Parce que vois-tu, pour nous, la première ponction a été une sorte de pêche miraculeuse (avec petite hyper-stimulation à la clef, pas vraiment un après midi au bord de l’eau!). 21 ovules prélevées. 17 survivantes. 8 embryons.

C’est pas pour me la péter mais c’est un peu la classe à Dallas (euh… à l’unité Amandine de Jeanne de Flandres). Comme il était hors de question qu’on m’implante 8 embryons en même temps (j’suis pas suicidaire!). On a congelé le reste. Soit 7 embryons.

Nous avons eu de la chance

Le premier embryon c’est accroché. Ce n’était pas le plus beau mais il paraît que le gars du Cecos a eu un bon feeling avec lui. « Celui-là c’est un champion » qu’il nous a dit. Il ne s’était pas trompé. Enfin si. C’était UNE championne!

Le deuxième embryon warrior a attendu son heure au chaud (ou plutôt au froid) pendant 3 ans. Jusqu’à ce que l’on vienne le chercher, à la Bidochon-style un beau matin de février (si tu veux en savoir plus c’est par et). Et puis, lui aussi, il s’est accroché. Encore une championne!

Reste donc 6 embryons au congèl’. Bien entendu nous n’aurons pas 6 enfants de plus. On est pas des fifous, hein! D’ailleurs…

Je crois que je ne veux pas d’autre enfant.

Deux c’est déjà bien, non? J’veux dire… On nous avait annoncé qu’on en aurait peut-être pas et on a fait péter les scores.

Mais là je ne me vois pas recommencer la danse des opérations-piqûres-médocs, revivre une grossesse aussi douloureuse que la dernière, l’enfer des 100 jours avec un nourrisson…

Mais peut-on vraiment en être sûr?

Nan, parce qu’on nous demande une réponse là tout-de-suite-maintenant. Madame-monsieur vous faites quoi de vos embryons?

Alors on nous donne 4 choix (c’est comme ça) :

  • Continuer à conserver nos embryons
  • Les donner à la science
  • Les donner à quelqu’un
  • Les détruire

Un choix cornélien!

Etant sensible à la souffrance des infertiles, mon premier élan a été le don à un couple. Oui mais voilà… Ce ne sont pas seulement nos gamètes que l’on donne. Si c’était simplement mes ovules je n’aurais pas hésité une seconde.

Mais là il s’agit de nos gênes à tous les deux. C’est à dire potentiellement les mêmes trognes que nos enfants…

Et j’ai peur.

J’ai peur de passer ma vie à chercher des ressemblance sur chaque enfant qui passe. « Et celui-là, tu ne trouves pas qu’il ressemble à Lissou petite? C’est peut-être notre enfant? ».

J’ai peur de me demander sans arrêt si ces enfants seront heureux, si leurs parents sauront les aimer…

Imaginer que des enfants, issu de notre amour, se baladent peut-être quelque part mais que je ne pourrai jamais les connaître me rempli d’une profonde tristesse.

Reste la destruction ou le don à la science.

Mais détruire quelque chose d’aussi rare et précieux me semble un gâchis incommensurable.

Mais donner à la science à la science ça veut dire quoi?

Il faut tout de suite oublier les fantasmes dignes des plus grands romans de sciences fiction. En France la recherche embryonnaire est très contrôlée. On ne fait pas ce que l’on veut avec ces petites cellules. Car oui, elles vont rester au stade de cellules (d’embryon) et ne deviendrons donc jamais un fœtus.

Ces recherches sont très utiles pour l’avenir de la médecine, notamment à travers le travail sur les cellules souches embryonnaires. On peut donc imaginer que notre don offre l’espoir de voir, un jour, émerger de nouvelles thérapies.

Cela fait maintenant 2 semaines que la lettre est posée sur mon bureau. Sans réponse.

Deux semaines que nous n’arrivons pas à nous résoudre à prendre une décision aussi définitive. La vie est pleine de surprise. Comment savoir si on ne regrettera pas notre choix?

Aujourd’hui nous avons coché la première case (continuer notre projet parentale et conserver nos embryons). Enfin… C’est chéri qui a finalement décidé. Nous ne sommes pas prêt.

On se reposera la question l’an prochain (et peut-être l’année d’après aussi!)

 

22 thoughts on “Un choix impossible

    1. Je ne crois pas qu’il y ait de limite de temps. Le problème c’est que c’est payant… Oh pas grand chose, une vingtaine d’euros seulement par an, mais au bout de 10 ans ça commence à faire…

  1. J’ai commencé une stimulation pour un deuxième bébé (je suis en ce moment même dans la salle d’attente pour une écho de contrôle ) et j’avoue que je me pose aussi la question pour plus tard.. c’est un choix compliqué et propre à chacun mais difficile à faire je trouve

  2. Merci pour cet article à la fois informatif sur l’acte médical mais aussi la partie émotionnelle. Nous avons des cousins proches qui ont aussi eu recours à l’aide médicale pour avoir leurs enfants mais nous n’avons jamais parlé de l’après… De « ceux qui restent ». Bien que ce soit un budget dont on se passerait prenez votre temps, ça doit etre une décision tellement difficile à prendre.

  3. Olala tu m’étonnes que c’est compliqué… il y a des enjeux psychologiques comme tu le dis si bien. Déjà moi mêmes mes ovules j’aurais cherché a savoir si l’enfant est heureux.. c’est pas évident. peut être que dans quelques années un autre choix vous paraitra clair. Il faut laisser le temps faire son job.

  4. Très bel article qui interroge en effet… A la fin de la lecture je n’ai pu m’empêcher de me poser la question.. Et si j’étais dans son cas ?

    J’avoue que je n’ai pas de réponse..

    Bon courage 😉 !

  5. Je ne savais pas que c était comme ça. J’avoue c’est dur !!!
    J’aurais sûrement fait le même choix. Surtout si l Année prochaine les mêmes possibilités sont encore la.

  6. Je comprends que ce choix puisse être difficile mais je pense aussi que s’il est si difficile pour vous c’est aussi que vous n’êtes pas encore prêts à choisir une autre case que la première. Le temps fera sont œuvre 🙂

  7. Choix extrêmement difficile.
    Quand vous vous sentirez prêts à prendre cette délicate décision, saches que des avancées sur les cellules souches embryonnaires pourraient ouvrir nombre de portes en terme de thérapie, de reconstruction d’organes, de greffes… Je suis d’accord avec toi sur le fait que détruire des embryons n’est pas envisageable. Cela étant, peut-on se détacher émotionnellement de ses « bébés potentiels »? C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse et, si je devais prendre la même décision que toi, je me serais probablement donné un peu plus de temps comme tu l’as fait.

  8. Choix cornélien. Je suis aussi passée par la PMA mais nous ne sommes pas allés en FIV donc le choix ne s’est pas posé en pratique. Parfois la réponse peut venir d’un coup lorsqu’on se sent prêt 😉

    C’est un avis hyper personnel, donc en aucun cas un conseil ou un jugement. Mais nous avions déjà parlé avec chéri à l’époque, pour nous ça aurait été un don à d’autres couples. Pour nous ce ne serait pas mes enfants. La génétique n’est pas une part importante de ma conception de famille (rapport à mon histoire personnelle). Et je pense que l’épi-génétique (9 mois dans un le ventre de sa mère tout de même) ferait qu’ils n’auraient rien à voir avec nos enfants.

    1. Oui c’est un choix difficile, et je sais qu’au fond ce ne serait pas mes enfants. Mais je sais aussi que je ne pourrai pas t’empêcher de les chercher dans chaque visage d’enfants

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