peut-on regretter d'avoir eu des enfants

Peut-on regretter d’avoir des enfants?

L’autre jour je racontais à une copine les misères nocturnes que nous fait subir Lissou. Je crois que, dans mon discours enflammé, j’ai dû utiliser des mots un peu fort (c’est mon côté marseillais^^) car elle m’a interrompu :

« Mais… Ça va, tu ne regrettes pas? »

Je me suis calmée 5 minutes et j’ai réfléchi.

Peut-on réellement regretter d’avoir fait des enfants?

La question est loin d’être idiote mais le sujet est tabou. Comment diable peut-on affirmer que, finalement, on aurait préféré ne pas avoir d’enfant? Je me souviens encore du tollé provoqué par Anémone lorsqu’elle avait osé dire qu’elle regrettait d’avoir été mère.

Et pourtant, en son fort intérieur, quelle mère n’a jamais souhaité, ne serait-ce qu’un instant, retrouver sa vie d’avant?

Celle où les nuits sont ininterrompues, les samedi soir festifs et les dimanches emplis de grasses mat’. Celle sans jouets qui traînent, sans « mange tes légumes » répété pour la millième fois et sans cette inquiétude sourde qui ne nous quitte jamais vraiment.

Je peux vous dire que, oui, je n’en suis pas fière mais ça m’arrive de regretter cette vie là. 

Et pourtant, mes filles, je les ai désirées plus que tout. Il n’y a qu’à voir le paquet d’opérations et de traitements que j’ai fait subir à mon corps pour les avoir. Elles sont mes filles mes batailles, la chaire de ma chaire, ce que j’ai de plus précieux.

Alors, non, je ne regrette pas d’avoir eu des enfants…

…Même si parfois j’aimerai redevenir insouciante et libre. Cela peut sembler absurde mais, après tout, je ne suis pas à une contradiction près.

C’est peut être le fait d’avoir vécu avec le spectre de l’infertilité, mais je ne sais que trop bien ce que c’est de ressentir ce vide dans le ventre et dans le cœur pour penser réellement que ma vie serait meilleure sans enfants.

Mais peut être que, si je n’avais pas vécu cette sensation de manque, si je n’avais pas désiré  mes filles aussi ardemment, si je n’avais pas attendu aussi longtemps pour être mère, peut être qu’alors j’aurais regretté. Cela n’aurait pas forcément fait de moi une mauvaise mère. On peut regretter sa vie d’avant et assumer son choix malgré tout. On peut aimer ses enfants sans pour autant aimer la vie que l’on a avec eux.

Oser dire que l’on regrette d’être mère demande beaucoup de courage

Car la société peut être très dure avec ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Celle qui se risque à avouer ses regrets est soit c’est une mauvaise mère, soit c’est une mère débordée et la pauvre ne sait pas ce qu’elle dit.

Une femme ne peut-elle pas, tout simplement, ne pas s’épanouir dans son rôle de mère. N’a t-elle pas le droit de trouver que l’amour qu’elle porte à ses enfants ne lui suffit pas pour être heureuse?

On croit souvent que, pour une femme, devenir mère est une évidence. Alors que, devenir maman peut se révéler être un poids trop lourd à porter. Et il est impossible de prévoir ce que la maternité fera de nous. Peu importe que l’on ait mûrement réfléchi ou pas avant de se lancer.

Nous sommes toutes différentes face à la maternité. C’est un tel chamboulement dans une vie que personne ne peut savoir ce qui l’attend.

peut-on regretter d'avoir eu des enfants

54 thoughts on “Peut-on regretter d’avoir des enfants?

  1. C’est vrai que le sujet est tabou… Et pourtant, comme tu le dis, je pense que l’on est tous passés par des phases où l’on se dit que l’on regrette notre vie d’avant, l’insouciance, la tranquillité…. mais finalement, cela ne dure jamais longtemps. Pour rien au monde, je ne rendrais mes enfants !

    Virginie

  2. Pour ma part, je n’ai jamais regretté ma vie d’avant. La seule chose que je regrette, c’est de n’avoir ni papy ni mamie à qui confier ma Louloutte ne serait-ce qu’une soirée ou une nuit. Deux ans que je tiens ce rythme sans aucune matinée pour souffler ou juste être seule. C’est mon seul regret.

    1. Moi je regrette certains moments insouciance et de liberté mais je n’ai jamais regretter d’avoir mis au monde les deux plus belles merveilles du monde!

    2. Bonjour,
      J’ai lu, il y a… un certain temps… qu’il existait une association dont le nom était quelque chose comme « mamie d’un jour » ? Renseignez-vous auprès d’une assistante sociale dans votre commune s’il y a des personnes âgées qui, pour rompre leur solitude pourraient accueillir votre(vos) « trésor(s) » pour une matinée ou une journée… voire même une soirée… ; juste histoire de vous permettre de « décompresser », de vous « retrouver » ! Cela existe aussi pour soulager les aidants familiaux assumant la lourde responsabilité de protéger un parent « alzheimer » (j’en parles d’expérience… hélas).
      Bon courage… les souvenirs des yeux rieurs et brillants de vos petit(e)s… ou grand(e)s… têtes blondes (ou brunes ou rousses)… vous récompenseront de tous vos efforts sur vos vieux jours (là aussi, j’en ai souvent fait l’expérience) !

  3. Je crois que je n’ai jamais regretté ma vie d’avant. Mais j’avoue que parfois, ça me fait du bien une petite pause, l’histoire de 24h pendant lesquelles Tess est ravie d’aller chez Mamie / Marraine / Parrain… et durant lesquelles nous on revient quelques années en arrière à ne penser qu’à nous 🙂

    1. Nous n’avons pas la chance d’avoir un mode de garde gratuit proche de chez nous, du coup le moindre cinéma à 2 nous coûte 50 balles… Les pauses sont donc rares (mais précieuses!)

  4. Il me semble qu’il y a deux choses différentes : il y a cette ambivalence de parent où par moment on aimerait bien être un peu sans eux, sans pour autant « regretter » qu’ils soient là.
    Et il y a, vraiment, des parents qui regrettent d’avoir eu des enfants. J’ai des gens dans mon entourage qui ont fait le choix de ne pas avoir avoir d’enfant et j’en ai d’autres (de la génération de mes parents) qui répètent régulièrement qu’ils auraient préféré vivre une vie sans enfant (et qu’ils admirent ceux qui ont fait ce choix donc). C’est un tabou. Mais tout le monde n’a pas la capacité psychique de laisser passer ses propres envies avant celle de l’enfant (car avouons le : les premières années en tout cas, tes envies tu les passes à la trappe et tu mets dessus les besoins de ton enfant).

    1. Pour moi c’est exactement ça. De temps en temps j’aimerai penser à moi et rien qu’à moi mais je ne regrette absolument pas d’avoir mes filles avec moi. Cependant je comprends que le fait d’être parent ne soit pas une fin en soit et que certain fasse le choix de ne pas en faire ou regrette d’en avoir fait.

  5. Des fois, je me dis que sans enfants la vie serait plus simple, je l’ai beaucoup pensé avec la maladie de mon aîné… et puis il suffit de les regarder, jouer avec eux et leur faire des câlins et je me dis que sans mes enfants la vie serait bien terne

  6. Oui, c’est un sujet un peu tabou, ça me fait penser à un excellent article que j’avais lu chez Boots and Pepper là dessus – aimer viscéralement ses enfants n’empêche pas des moments d’abattement, de lassitude, de doutes, parce qu’en étant parents on met un peu entre parenthèses son « soi » profond et que c’est parfois dur, comme sacrifice. Heureusement c’est balancé par tout cet amour qu’ils nous offrent en cadeau, et ces sentiments sont souvent passagers…Mais ce n’est pas honteux de dire que la parentalité n’est pas toujours que rose et paillettes! Bel article…

  7. Alors moi j’ai regretté au moment des nausées, au moment où tu as cet énorme ventre qui t’empêches de tout, au moment où il faut sortir l’enfant de cet énorme ventre, au moment où il faut le nourrir nuit et jour, au moment où il ne veux plus lâcher ton sein, à la crise des deux ans…. non en fait j’ai pas regretter, je me suis juste demandé « pourquoi? mais pourquoiiii???? » mais la réponse est une évidence (enfin un peu moins enceinte).
    Par contre, c’est un peu moins avouable mais je me suis souvent dit que j’avais fait le deuxième trop tôt (c’était pourtant notre souhait). Bien sur je l’aime, j’en voudrais pas d’autre et si c’était à refaire, je le referai mais purée ce que j’en bave!

  8. C’est vrai que la question est taboue, surtout dans la vie réelle, parce que je ne la trouve pas si rare que ça sur la blogosphère. Et finalement, ce que l’on regrette, ce n’est pas tant la présence de nos chères têtes blondes, mais bien les inquiétudes et les difficultés qui en résultent, d’autant plus que nous sommes de plus en plus seul pour élever nos enfants
    (Le pire, c’est qu’un jour, on trouvera que c’était de petits soucis et que la vie est passée bien trop vite )

    1. C’est vrai ! On dit qu’il faut un village pour élever un enfant… Aujourd’hui nous ne sommes que deux et encore, nous sommes souvent tout seul car nous essayons de pallier, chacun notre tour, quand l’autre travaille…

  9. Je lis cet article à l’aube où vais bien bientôt être « mamie »… je suis donc une « vieille » lectrice de 55 ans 🙂 mes enfants sont désormais adultes (21 et 30 ans) et oui, je vous l’accorde que de difficultés à devenir parents…. cette grande et nouvelle responsabilté nous épuise et nous met à mal parfois.. ce sentiments dont vous parlez je l’ai ressenti moi aussi mais une fois que les enfants ont grandit on oublie tout ça et quand on regarde derrière soi on ne se souvient que des moments heureux et l’on réalise tout le bonheur qu’ils nous apporté 🙂 je vous souhaite de belles années et beaucoup d’amour avec vos petits…

  10. Ooooh le sujet tabouuuu !! 😉 Mais oui évidemment qu’on a toute à un moment ou l’autre eu cette pensée « mais que serait ma vie sans ! » – Et je crois que dans ces cas là on ne pense qu’aux bons moments : les sorties, les grasse mat’, les soirées, les apéros (la ligne, le compte en banque…). Mais très vite on se rappelle aussi ce que c’était d’attendre ce bébé (j’ai aussi un peu galéré – dans une moindre mesure – juste le temps de me dire que la vie ne vaut d’être vécu qu’avec des enfants ;-))
    Et puis je crois qu’il y a une double nostalgie ; celle du temps sans enfant et celle du temps… de notre jeunesse ! Car passé un certain âge, être sans enfant devient presque discriminant …
    Et j’admire d’autant plus ceux qui choisissent de ne pas en avoir 🙂

  11. Toute l’ambivalence de la maternité 😉 Pour rien au monde je ne changerais ma vie actuelle. La vie de famille est trop importante pour moi et je l’ai tellement désirée ! Mais il est vrai que parfois j’aimerais juste dire STOP, on arrête tout, laissez-moi respirer ! Alors on tente de s’octroyer une petit escapade, ou un moment furtif, sans enfants, sans trop y penser, un peu comme avant…

    1. Je crois que pour nous ce n’est pas assez souvent, à peine 2 ou 3 fois par an… il faut qu’on arrive à s’octroyer plus de respirations sans enfants.

  12. A 2h du mat quand je me lève pour la cinquième fois bien sûr que je regrette et puis le matin arrive et j’ai le droit a des câlins et des sourires et j’oublie que j’ai cherché à acheter un congélateur assez grand cette nuit.
    On m’a demandé récemment si après le cap de la première échographie on arretait enfin de stresser… Je n’ai pas osé répondre. Je ne sais même plus ce que c’était avant de n’avoir a me soucier que de moi. Est-ce que ça a vraiment existé? Comment regretter une vie dont je ne me souviens plus? Mes enfants m’épuisent mais sans eux ma vie ne vaudrait rien.

    1. Pour rien au monde je ne souhaiterais une vie sans enfants mais très souvent je prie pour que les miennes dorment ( faut dire que j’ai un grand congélateur alors si elles continuent comme ça elle vont y passer…^^)

  13. Pour ma part, je n’ai jamais regretté d’avoir des enfants. Mais je regrette cette insouciance que je n’ai plu avec mon coeur de mère qui peut s’inquiéter facilement maintenant.
    Mais qui sait, même sans enfants, en vieillissant, j’aurais pu trouver des sujets d’inquiétude !

  14. C’est marrant hein, mais tu as beau lancer une discussion franche sur le sujet, au final les réactions sont toutes les mêmes : « oui ça m’est arrivé de regretter, mais au final c’est tellement de bonheur ! »

    Tu veux le vrai pavé dans la marre, voilà le mien : oui je regrette. Tous les minutes de toutes les heures de tous les jours depuis maintenant presque 2 ans. J’ai pas peur de le dire, mais à chaque fois on me regarde l’air de dire « mais non, tu dis ça parce que t’es fatiguée, tu verras ça ira mieux dans quelques années ».

    En vrai le tabou, il existe pas, le vrai problème c’est que les gens refusent d’admettre que c’est tout bonnement possible. Je suis désolée mais l’amour que m’apporte mon fils ne suffit pas. C’est juste l’événement le plus violent et le plus cruel de toute ma vie, et oui je regrette et non je le vis pas bien du tout. Et ça n’a rien à voir avec le contexte, je suis mariée, heureuse en ménage et j’ai une situation stable, mais oh oui je regrette.

    On m’a longtemps dis que c’était la dépression post-partum qui parlait, mais non, c’est juste ce que je ressens au plus profond de moi, et si y’avait pas eu bébé y’aurait jamais eu ce sentiment en moi. Des fois il s’envole un peu et j’oublie ce qu’est réellement ma vie, mais ça dure pas, et je recommence à regretter.

    J’envie toutes ces femmes qui se sentent épanouies par la maternité, moi je me sens juste profondément malheureuse à chaque instant. Je me dis que ça ira de mieux en mieux et que je finirais par ré-avoir une vie un brin mieux, mais c’est pas pour demain et ça m’aura volé trop d’années de ma vie.

    Mais ne vous inquiétez pas, j’assume mon choix et mon fils sera élevé avec l’amour dont il a besoin et il ne saura jamais que j’ai regretté ce choix.

    1. Oh je ne m’inquiète pas car ce n’est pas parce qu’on regrette qu’on n’assume pas. D’ailleurs je trouve que tu as mal choisi ton pseudo. Ce n’est pas parce que tu aurais préféré une vie sans enfants que cela fait une mauvaise maman. Quoi qu’il en soit c’est ta vie et personne n’a à décider pour toi. Merci pour ton honnêteté. À bientôt. Mathilde

  15. Jamais ressenti cela ! Mes enfants ont toujours « fait » leurs nuits – et moi aussi (heureusement j’aurais été très mal étant genre marmotte) puis les mamies les ont un peu reçu en vacances donc qq périodes de repos. Courage c’est principalement les 3/4 premières années qui sont compliquées physiquement après c’est autre chose !!!! En final : que du bonheur pour moi mais je comprend d’autres choix.

  16. J’ai un tout petit dormeur qui a toujours eu du mal à faire ses nuits (de longues années) et à s’endormir (idem, c’est pas tout à fait fini à presque 7 ans..) donc difficile niveau fatigue (pour le reste, je le kiffe).
    On a longtemps cogité si on en voulait ou pas (je comprends tout à fait ceux qui n’en font pas) donc, non, je ne regrette pas et je suis même super heureuse car j’ai changé (en bien).
    Avec un enfant, je me sens en possession de ma vie en ayant les avantages et la possibilité d’être la maman que je souhaite .
    Je sais qu’avec un 2ème, je n’y parviendrais pas .
    Bref, ce qui m’ennuie dans le fait de « regretter » d’avoir fait un enfant c’est plutôt l’idée que ça sonne comme une décision non mûrement réfléchie en amont…On sait que ça va pas être facile et que ça va tout chambouler, que les enfants c’est chiant parfois, donc si on le sent pas…

    1. Je crois que même si c’est une décision mûrement réfléchie on ne peut jamais savoir comment l’on sera une fois devenu maman et on ne peut absolument pas s’imaginer ce que c’est. Et parfois on peut en être déçu.

  17. Tu sais je pense qu’à un moment donné de notre vie et surtout pendant les moments de nuits difficiles ! On se dit que parfois on reviendrait bien à notre vie d’avant et tout de suite on s’aperçoit de absurdité de notre raisonnement car oui on aime plus que tout notre progéniture et que pour rien au monde on ne reviendrait en arrière.

  18. Chacune de nous est différente, a un passé différent, une histoire, qui l’a mené à la maternité, différente. Mais chacune de nous est humaine et chacune de nous a le droit de regretter. Cela ne veut pas dire qu’elle n’aime pas son/ses enfant(s) ni qu’elle est une mauvaise mère, mais tout simplement que tout n’est pas rose.
    Je me sens touchée par ton article.
    J’ai vécu un rejet de ma grossesse, j’en ai même écrit un article. Même si aujourd’hui tout va bien j’ai longtemps regretté de ne pas avoir eu mes filles plus tard. Pareil mais plus tard.
    Merci pour cet article

    Aurore

  19. Bonjour,

    Je suis tombée sur cet article par le biais du Huffpost et le titre m’a incité à cliquer… Et je voulais vous remercier. Vous avez trouvé les mots justes, pour dire qu’on peut regretter sans toutefois ne pas aimer, et combien il est dur de l’affirmer face à la société sans être jugée.

    Je suis devenue maman « par accident ». Alors pas le genre d’accident comme dans les films, du genre père inconnu tout ça tout ça… Non j’étais en couple depuis 5 ans, on avait une belle maison, un travail stable tous les deux, bref les conditions idéales aux yeux du monde. Sauf que je n’avais pas la fibre maternelle. J’aime bien les enfants…. à toute petite dose, et chez les autres. Moi je rêvais de parcourir le monde, de m’accomplir sur le plan professionnel, bref de faire des choses qui nécessitent beaucoup de temps. Et puis un beau jour j’ai appris que j’étais enceinte de 2 mois. Le papa était fou de joie, lui a toujours voulu avoir un enfant. Je n’ai pas arrêté cette grossesse, je me suis dit que c’était la suite logique des choses.

    J’ai détesté être enceinte, j’ai eu le droit aux nausées, à l’extrême fatigue, au remontées acides, aux contractions systématiques quand je conduisais (pratique quand tu vis à 30min de ton travail) , au bassin qui se distend rendant chaque pas horriblement douloureux. J’ai fini par perdre mon travail.

    L’accouchement ? J’ai passé toute la nuit à me tordre de douleur, seule, parce que le personnel était insuffisant pour s’occuper de tout le monde, et que le papa a décrété que c »‘est normal d’avoir mal quand on accouche, ça ne sert à rien de le dire ». Je l’empêchais de dormir avec ma souffrance, le pauvre. Je lui ai donc dit de partir, mieux vaut être seule que mal accompagnée non ?

    Ma fille est née, sans trop d’encombres, et je me suis retrouvée maman, sans l’avoir voulu réellement. Les biberons nocturnes c’était pour ma pomme puisque le papa « travaillait alors que moi j’avais toute la journée pour me reposer », réveil toutes les 3h donc. Les couches ? Je me suis tout tapé puisque monsieur ne supportait pas l’odeur du caca (alors que c’est bien connu, nous les mamans on adore ça). J’ai retrouvé un travail, et j’ai dû jongler entre toutes les tâches du quotidien de maman: s’occuper de l’enfant, de la maison, travailler… Le temps libre était devenu une utopie, ma vie s’était transformée en une liste interminable de corvées.

    Arriva ce qui devait arriver, j’ai fini par quitter le père de ma fille. Je n’était ni soutenue ,ni respectée. J’ai renoncé à beaucoup de choses pour que ma fille vive le mieux possible cette séparation, car la protéger était le plus important à mes yeux. Elle n’a jamais demandé à naître, ce n’est pas à elle de payer.

    Et aujourd’hui ? Je vis dans un petit village de campagne, loin de tout, afin de ne pas éloigner ma fille de son père. Professionnellement c’est on ne peut plus handicapant car mon métier nécessiterait que je sois proche de grandes villes, facilement mobile, et flexible sur les horaires, le contraire de ma vie actuelle. Du coup je fais un travail que je n’aime pas, dans un endroit que je n’aime pas. Moi qui voulait parcourir le monde, je dors sur le sol depuis deux ans car mon salaire ne me permet pas de m’acheter quoi que ce soit en dehors du nécessaire vital. Chaque fois que ma fille tombe malade, s’ensuit une longue bataille pour réussir à trouver quelqu’un pour la garder, car mon employeur ne me laisse pas m’absenter. Tous les jours, je dois me battre pour qu’elle mange, qu’elle s’habille, qu’elle range, qu’elle se lave… Les choses obligatoires du quotidien sont un combat. Tous les jours. La semaine à 7h30? Impossible de la lever. Le week-end à 7h30? Elle court dans les couloirs, me privant du sommeil dont j’ai tant rêvé.

    Côté cœur ? J’ai trouvé l’homme de mes rêves, celui avec les mêmes envies que moi, la même façon de penser que moi. Peut-être un peut trop justement, puisqu’il est reparti, ne supportant pas de devoir vivre en rase campagne, dans une vie ou les horaires, les activités, les possibilités, sont dictées par le fait que j’ai un enfant..

    Je n’ai pas la patience nécessaire pour répéter 20 fois « enfile ton pyjama » en 5 min sans me mettre hors de moi, je joue pas à la dînette parce que j’ai pas le temps, personne ne fera ma vaisselle ou le repas pendant ce temps là. J’aime débattre sur des sujets variés, et la conversation d’un enfant m’ennui profondément. Je sais pas faire semblant, et quand ma fille me dit que cette nuit elle a rêvé de paillettes et de licornes, bah je m’en fous en fait..

    Les seuls instants où je peux vivre pour moi, respirer un peu, me reposer et faire ce qui me plaît, ce sont les moments où elle est chez son père. Alors oui, je regrette profondément d’avoir eu un enfant. Pour autant, je l’aime, je le sais, je le sens, et je ferais passer son bonheur avant le mien toute ma vie.

    Et chaque fois que j’ai le malheur de me confier sur ce sujet, la réponse est la même « tu dis ça parce que t’es fatiguée et que c’est pas simple en ce moment ». Alors oui, je suis fatiguée, épuisée même. Oui c’est pas simple la vie pour moi… depuis 6 ans. Depuis que j’ai eu un enfant.

    1. Merci beaucoup pour ton témoignage qui m’a énormément ému! Oui la vie n’est pas simple et il est vrai que, bien souvent, les femmes sont seules lorsqu’il s’agit d’élever les enfants et ce n’est pas facile, loin de là. Je te souhaite beaucoup de courage pour arriver à accepter cette vie que tu n’as pas vraiment choisie.

    2. Cielbee,
      préparez-vous, je vais être désagréable. Pourquoi ? Parce que vous me ressemblez trait pour trait ou plutôt mot pour mot.
      J’ai un fils que j’ai eu jeune, très jeune, trop jeune. Je me suis empêchée pendant une longue période d’avoir l’occasion de réaliser mes projets, de progresser ou de monter en grade dans mon métier car je pensais que cela était incompatible avec ma vie de maman. Et ce n’est pas le père ou même mes amies du moment qui allais me dire le contraire. Selon cette société, il faut se sacrifier pour son enfant ou pour son bien-être.
      Je ne pouvais plus de cette vie, je me suis également séparée et j’ai retrouvé un homme, L’HOMME, pas celui des magazines, celui que l’on veut avoir près de soi, coûte que coûte parce que ça nous fait du bien et c’est comme ça. Coûte que coûte, sauf pour la stabilité de mon fils, il était ma priorité et jamais je n’aurais dérogé à cette règle. Sauf que cette vie bloquée qui ne me correspondait pas ne semblait plus lui correspondre non plus, nous avions envie d’aventure, de construction à deux, sauf que là nous construisions autour de mon enfant.
      Nous avons fini par nous séparer dans des larmes mutuelles cinq ans plus tard, mes amies sont parties réaliser leurs rêves à droite à gauche, j’ai perdu mon métier à cause d’une délocalisation vers une ville. Il ne restait que moi, mon fils et notre « stabilité » …
      Aujourd’hui, mon fils va bientôt fêter sa vingtaine, il est assez grand pour tenir avec moi des discussions posées et sérieuses. Il me reproche souvent le fait de ne pas avoir réagi à cette époque, il aime son père, ses amis, sa mère mais par dessus tout il aime que tout le monde soit heureux et épanoui.
      Je n’ai jamais ressenti de nouveau l’intensité que cet homme pouvait m’apporter, partager un corps et une vie c’est simple, partager des idées et un ressenti, cela n’arrive pas deux fois dans une vie. Je regrette chaque jour de ne pas avoir fait en sorte que cela soit possible.
      Cielbee, réagissez, envolez-vous, dites ce que vous pensez, vivez vos projets, si cela implique d’impacter la stabilité de votre enfant, qu’à cela ne tienne, il n’en ressortira que plus fort et il ne pourra que vous en remercier car vous lui donnerez par la même occasion, les armes pour vivre sa vie comme il l’entend. Allez rejoindre l’homme que vous aimez, il n’est jamais trop tard si l’amour est présent. Il est parti vivre son rêve ou s’en approcher ? C’est ce que tout les gens de censés essayent d’atteindre, approchez-vous du vôtre.
      Il vaut mieux vivre dans le rêve de quelqu’un d’autre que dans son propre cauchemar.

  20. En lisant la plupart des commentaires je me sens chanceuse, parce que je n’ai jamais regretté ma vie d’avant jusqu’à maintenant (et espérons que ça dure 😉 ) Je sais que le fait d’avoir eu un bébé « ultra facile » a beaucoup aidé mais je crois qu’à chaque instant, le bonheur que ma Biscotte m’apporte est largement supérieur aux inconvénients.
    Mais je crois que je comprends aussi que certain-e-s aient ce sentiment, n’arrivent pas à accepter le changement de vie que l’arrivée d’un enfant a amené, même si par ailleurs ils aiment leurs enfants. Tout ce que je leur souhaite c’est de trouver un équilibre qui leur permette de s’épanouir à nouveau !

  21. C’est visiblement un sujet « à la mode ». Peut-être devient-il un peu moins tabou finalement. J’ai écrit un post sur la frustration parentale qui a été très lu… Comme quoi, on n’est pas les seules! L’article est ici, ça devrait te parler comme le tien m’a parlé! 🙂 Courage, je dirais. :)https://seayouson.com/2017/12/27/422/

    1. Je ne suis pas sûr que le sujet soit « à la mode » on a juste la chance de pouvoir en parler plus facilement qu’hier… C’est un progrès, non?

  22. Oui, c’est un tabou parmi les tabou… un tabou très important car il présuppose que le parent n’aime pas son enfant…
    Or, à mon sens, ce n’est pas cela.
    Je me souviens d’avoir été choqué en lisant les propos d’Anémone. A l’époque, je n’avais pas d’enfant moi même, je pensais que c’était naturel de devenir parent, etc. Bref, je croyais savoir.
    Aujourd’hui, avec 3 enfants, je comprends totalement ses propos. On a une vie que l’on aime, on est libre et ‘paf’ on se retrouve avec un boulet de quelques kilos au pied et au coeur.
    En plus, on est totalement responsable de ce boulet, il va falloir s’en occuper et l’élever pendant les 20 prochaines années… l’entretenir aussi.
    On n’imagine pas ce que c’est tant qu’on ne le vit pas
    et pour certain, c’est trop différent de ce qu’ils avaient imaginés… si toutefois ils/elles avaient imaginé quelque chose
    merci pour ce magnifique article

    1. Je suis bien d’accord avec toi. C’est loin d’être évident de devenir parent et je crois que personne ne pas savoir comment il réagira face à un petit boulet d’amour.

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