Ma fille, mon corps et moi

D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours considéré mon corps comme un fardeau nécessaire. Lui et moi n’avons jamais été amis. Il faut dire qu’à la grande loterie de la vie je n’ai pas franchement été gâtée (eczéma, allergies, endométriose, tachycardie, surpoids et j’en passe et des meilleurs). Il y a pire, bien sûr. Mon corps reste fonctionnel (sauf si je lui demande de courir^^) mais nous ne vivons pas en symbiose.

J’ai souvent eu cette drôle d’impression qu’il me desservait, m’entravait. Aussi, j’ai rapidement arrêté de l’écouter. Cela vient, peut-être, en partie de mon éducation, sans que ce soit un sujet tabou, on parlait peu du corps. (Je sais bien que ce n’est pas de ta faute maman, c’est l’époque qui voulait ça). Toujours est-il que j’ai été élevée au « n’y pense pas ça va passer« .

J’ai ainsi appris, très vite, à nier les messages que mon corps m’envoyait (il faut aussi dire que j’ai une prédisposition à la politique de l’autruche : Je vais bien tout va bien… si je ferme les yeux assez longtemps rien de tout cela n’aura existé…).

L’effet pervers de ce système c’est que j’ai assez peu respecté mon corps. Tu vois le genre : « mon corps est un temple… » je connais pas. J’ai donc passé ma vie à manger tout un tas de saloperies sans faire de sport, à mettre des produits cra-cra sur ma peau, à laisser de petits problèmes s’envenimer. Bref… à ne pas m’entretenir.

Aujourd’hui, à trente ans passé, je commence à ressentir les effets du manque de considération que j’ai toujours eu pour mon corps. Je prends conscience que je n’en ai qu’un et qu’il m’accompagnera jusqu’au bout. Peut-être est-il donc temps de commencer à l’apprivoiser.

Récemment, j’ai commencé à faire attention à ce que je consommais (ici et ici), j’essaye de m’écouter un peu plus. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai réussi à m’arrêter malgré la culpabilité latente de laisser mes élèves.

Et ma fille dans tout ça?

Cela m’a, naturellement, amené à entamer une réflexion sur l’éducation que je voulais donner à ma fille autour de son corps.

Je veux qu’elle comprenne quelle incroyable machine c’est. Comment celle-ci fonctionne et comment on l’entretient afin qu’elle reste en bon état.

Je veux qu’elle ne soit jamais embarrassée ou honteuse de son corps de femme. Je veux qu’elle s’assume et qu’elle s’aime tel qu’elle est.

Dans les faits, je lui explique beaucoup ce qui se passe lorsqu’elle mange, va au toilettes, se lave les dents, les mains etc. Livres à l’appui, je lui parle de tout et répond à ses questions le plus justement que je peux. Elle m’a demandé, par exemple, comment on faisait les bébés. Je ne lui ai pas parlé de magie, mais de toutes petites graines nommées ovules et spermatozoïdes. Elle a ensuite voulu savoir par où sortait le bébé et je lui ai expliqué qu’il passait par un trou de la zézette prévu à cet effet.

Franchement elle ne m’a jamais paru choquée par une de mes explications. Au contraire, tout ça a l’air de faire sens pour elle.

J’espère sincèrement que j’arriverai à garder ce dialogue tout au long de sa vie. Même lorsqu’elle vivra les difficiles transformations de l’adolescence. Et qu’elle (et sa sœur à venir) arriveront à aimer et à respecter leurs corps de femme. Qu’elles sauront le comprendre et l’assumer afin d’être pleinement épanouies et sereines.

Le corps, ma fille et moi par Je ne suis pas une Poule

 

15 thoughts on “Ma fille, mon corps et moi

  1. Je comprends ton souhait et j’ai globalement eu le même cheminement que toi. J’ai vu ma mère complexée par son corps toute sa vie et, naturellement, j’ai fait de même. J’apprends aujourd’hui à l’aimer et à le respecter. Et j’apprends à mes loulous à s’aimer et à prendre soin de leur corps. Comme toi, je veux qu’ils en fassent leur allié et pas leur ennemi.

  2. C’est un point important, que j’espère aussi transmettre à mes filles. Aimer son corps, autant qu’on le peut, comme il est, et en prendre soin. Comme toi je n’aime pas « inventer » des histoires, je dis la vérité, avec des mots aussi simples que possible!

  3. Je suis assez d’accord avec toi, il est important d’expliquer aux enfants comment ça se passe, sans trop de tabous, chez nous aussi on a expliqué clairement comment ça se passait quand lapin a demandé comment le bébé allait sortir lorsque j’étais enceinte, ça l’a fait rire deux minutes et ensuite il était tout fier d’expliquer à ses copains 😉 , je lui explique aussi l’importance de se laver les mains, les dents et le corps…je pense qu’il comprend et c’est même devenu assez automatique chez lui. Notre corps est parfois difficile à accepter, et c’est vrai que j’ai tendance à changer mes habitudes avec les enfants qui grandissent.

    1. Oui, si elle est expliquée simplement et avec des mots adaptés, il n’y a rien de honteux dans le fonctionnement de notre corps. C’est une sacrément belle machine, si on y pense…

  4. Bel article.. Ma maman passait son temps à mettre des crèmes et des ceintures amincissantes. Elle n’a eu qu’un grossesse mais a beaucoup fait yoyo étant plus jeune.. Elle a fini par s’accepter par la suite. Ici je m’accepte, je suis flasque de partout. Mon baby boy rentre à l’école dans un an alors je vais reprendre la natation. Cela fait au moins 13 ans que je n’en ai plus fait mais là, j’en ai besoin :)..

  5. Oui, c’est vrai qu’on a assez tendance à mettre son corps de côté hors sans lui nous ne pouvons pas faire grand chose. Mais le corps est là pour nous rappeler à l’ordre si on ne l’écoute pas et c’est une bonne chose.
    J’essaie aussi de transmettre à ma fille l’importance d’en prendre soin, notamment au travers des massages.
    Mais il est vrai que d’une manière générale, l’éducation que l’on a reçu ne va pas forcément dans ce sens alors à nous de trouver comment faire 😉

  6. Ton article est très intéressant 🙂

    J’ai moi aussi été longtemps fâchée avec mon corps, qui avait la bonne idée de me faire profiter d’une large palette de troubles psychosomatiques :p Je me souviens m’être dit à un moment précis de mon adolescence que je prenais officiellement mon indépendance, que mon esprit ne voulait plus y être associé (oui il se passait des choses sympas dans ma tête d’ado :p). Evidemment je n’étais pas aidée par le fait que j’étais faible physiquement (comme je le disais dans mon dernier article) et pas considérée ni par moi ni par grand-monde comme jolie.

    Et puis… au fur et à mesure, en grandissant, j’ai quand même appris à l’apprécier, à l’apprivoiser, même à me trouver jolie parfois, et aujourd’hui je ne l’échangerais avec aucun autre parce que c’est le mien et qu’il fait partie intégrante de ce que je suis (en plus à en croire mon mari, je suis la seule belle femme sur terre, aucune autre ne trouve jamais grâce à ses yeux, alors je suppose que ça doit vouloir dire quelque chose ;)).

    Je sais pas si je suis dans une démarche de valorisation active du corps avec ma fille, mais en tout cas j’essaie qu’elle n’ait pas de complexe avec son fonctionnement et je réponds aussi à ses questions le plus honnêtement possible… Pour l’instant ça a l’air de marcher mais bon… elle n’a que 3 ans 😉

    1. Je crois qu’il se passait le même genre de truc sympa dans ma tête d’ado…^^ Pareil ici, Bébou n’a que 3 ans et ne semble absolument pas complexée par son corps.Espérons que cela dure!

  7. C’est un chouette article. J’espère que tes enfants t’aideront encore plus à te réconcilier avec toi (ben oui, ton corps c’est toi).
    Moi j’ai toujours vu ma mère un peu au régime alors qu’elle était juste ‘normale’. Je n’ai pas envie de ça. Et puis la vie m’a aidé a êter plus bienveillante envers moi, je trouve qu’on est parfois tellement cruelle envers soi-même. On n’accepterait pas des autres le quart de ce qu’on se dit en face du miroir. J’ai un chéri qui aide aussi, l’âge aussi permet de relativiser et puis les grossesses et les enfants.
    N’empêche que les journées où tu te trouves moche dans le miroir du matin sont des sales journées.

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