être mère et avoir peur par "Je ne suis pas une poule"

Et apprendre à vivre avec la peur

A toi qui va devenir mère pour la première fois, j’aimerai te dire que tu seras bientôt rassurée. Je te jure! J’aimerai pouvoir prétendre que,  bientôt, tu n’auras plus peur.

Mais je sais que c’est faux.

Sache qu’à partir du moment où cette petite barre rose s’est affichée sur le test, tu as signé la fin de ta tranquillité d’esprit.

D’abord il y a eu ces premiers instants. Partagés entre joies et réserves. Et si c’était un faux positif, et si c’était un œuf clair, et si… La création d’une vie est une chose si hasardeuse, si fragile, tu as raison. Rien n’est jamais acquis.

Alors tu attends la toute première échographie. Un cœur bat. C’est magique. Tu portes la vie!… Et pourtant cette drôle de crainte ne te lâche pas. Et si la grossesse s’arrêtait, et si le fœtus ne se développait pas, et si il n’était pas « normal », et si… Créer un être est un processus compliqué. On ne sait jamais…

Enfin la deuxième échographie te donne le sésame tant attendu. Tout est normal. Le bébé pousse à l’intérieur de toi. Mais tu ne peux pas t’empêcher de t’inquiéter au moindre mouvement suspect, au moindre symptôme inconnu de ton corps qui change.  Et si tout s’arrêtait, comme ça, pour rien, et si tu avais un accident, et si… Tu le sais ce sont des choses qui arrivent, rien n’est jamais acquis.

Et puis, la date fatidique de la délivrance approche doucement. Quelle ironie! Tu n’as jamais eu aussi peur de ta vie. Et si l’accouchement se passait mal, et si je ne supportais pas la douleur, et si le bébé n’y survivait pas, et si… Bien sûr les choses peuvent mal tourner, mettre au monde un enfant n’est pas une chose facile.

Mais non. Tout s’est bien passé, comme dans la très grande majorité des cas. Tu te dis que tu vas, enfin, pouvoir mettre toute cette angoisse derrière toi et profiter de ta nouvelle vie de maman. Mais c’est sans compter sur cette saleté de petite voix qui se rappelle à toi. Et si tu ne l’aimais pas, et si n’étais pas à la hauteur, et si sa vie s’arrêtait, et si…

Et encore, tu n’as rien vu… Attend qu’il soit malade, qu’il marche ou pire qu’il court, qu’il aille au parc, se blesse, parte loin de toi, vive sa vie…

A toi, qui n’est pas encore maman, à toi qui t’inquiète de l’avenir. Je veux te dire que rien n’est jamais gagné. C’est vrai. Une maman ça a peur pour tout, tout le temps. Demande à la tienne pour voir.

Tu ne seras plus jamais complètement sereine.

Que veux-tu? C’est une question de survie. Avoir peur c’est normal, salutaire même. Il faut juste apprendre à relativiser et à vivre avec. Et si tout se passait bien, et si vous y arriviez et si vous viviez tous une vie magnifiquement ordinaire, et si…

A toi petite maman en devenir je veux te dire qu’on échappe pas à la peur. Non. On apprend juste à la dompter, à la faire taire pour ne pas qu’elle nous dévore, qu’elle nous étouffe.

A toi futur maman je veux te prendre mes bras, te bercer et te dire que tout ira bien. Je n’en sais rien, c’est vrai, mais je l’espère si fort que j’ai envie d’y croire…

Et je voudrais que tu y crois aussi.

être mère et avoir peur par "Je ne suis pas une poule"

15 thoughts on “Et apprendre à vivre avec la peur

  1. Oh oui, future jeune maman, tu auras peur. Je peux même te dire que tu vas te mettre à avoir peur pour toi, parce que s’il t’arrive quelque chose, qui va s’occuper d’eux ?
    Mais oui aussi, tu apprendras à gérer, certains jours mieux que d’autres, c’est vrai.
    Et c’est aussi cette peur que tout s’arrête qui te fera apprécier chaque instant, même les levés à 2h, 4h, 6h du matin, même les colères, même les « non, pas toi, papa », … et surtout les câlins et les bisous !

  2. Devenir maman m’a parfois donné envie de me rouler en boule dans les bras de ma mère…
    1/parce que j’ai réalisé qu’on pouvait se laisser envahir tellement fort par l’angoisse. Que l’amour pouvait être si fort qu’il nous dévorait de l’intérieur.
    2/ parce que j’ai réalisé que ma mère vivait ça depuis ma naissance et à quelle point elle avait du s’inquiéter et s’inquiète encore certaines fois.

    J’ai écrit un article la dessus qui doit paraître courant mars. Sur le fait que faire des enfants c’est nous demander d’apprendre à vivre sans une partie de nous. Et personnellement on ne m’a jamais appris à vivre sans un de mes bras alors pourquoi m’obliger à vivre en me séparant d’une partie de mon coeur. Être parent c’est merveilleux et complètement cruel en même temps.

  3. Etre maman c’est vivre plusieurs vies en une, alors forcément, ça multiplie les peurs… Mais c’est aussi apprendre qu’il y a, là au fond, cette petite voix qui nous dit que nous, on sent, on sait, on y arrivera. Savoir écouter cette petite voix là, ça met toutes les autres en sourdine. Et après, c’est que du bonheur (et de la fatigue!).

  4. C’est tellement vrai ! Parfois j’ai l’impression que l’amour et la peur vont déborder mais finalement on a souvent plus de ressources qu’on ne le croit. Et heureusement la quantité de bonheur est encore plus grande 🙂
    Par contre c’est clair que depuis que je suis maman je me rend compte de ce que ma maman à moi a du ressentir, et maintenant encore bien souvent c’est à elle que je parle en premier de tout ce qui est important pour moi !

  5. C’est fou j’ai quasiment écris le même billet au début de ma grossesse…je savais qu’à partir de là, rien n’y ferait, je ne serais jamais réellement tranquille dans ma tête…et ça se vérifie chaque jour

  6. C’est vrai et pourtant je n’ai jamais ressenti cette peur.. des le début j’ai eu confiance.. impossible de t’expliquer pourquoi.. bien sûr que parfois je pense un peu à certaines choses qui pourraient arriver mais j’arrive à garder le dessus sur elle. Enfin on en reparlera quand ils commenceront à sortir seuls…

  7. Quel joli texte ! Tes mots sont si justes et si touchants.
    C’est un vrai paradoxe la maternité, avant d’être maman on angoisse à l’idée de ne jamais l’être et quand on l’est on angoisse à propos de tout ce qui pourrait arriver à notre/nos petits trésors. Mais pour rien au monde, on ne voudrai revenir à quand on était sans eux…
    C’est notre destin d’avoir la trouille^^.

  8. Maman en devenir, tes mots ont eu une jolie résonnance… Ils expriment ce que je ressens en ce moment (et que je n’ai pas fini de ressentir apparemment !).
    Merci pour ce très joli texte !

  9. Ça va être la soirée où je réclame mes crédits 😀 Après l’avoir réclamé chez Escarpins, je viens le réclamer chez toi, j’ai écrit un article qui ressemble beaucoup au tien il y a… pfff, plus de deux ans. Quoi ? Tu le connaissais pas ? Tu ne connais pas tout mon historique sur le bout des doigts ? Pfff… Bon, voilà, pour combler cette lacune (en plus il commence avec une citation donnée plus haut par tes commentaires… à croire que tout le monde est fan de moi) :

    http://choupiechat.canalblog.com/archives/2014/12/19/31168769.html

    Blague à part (j’imagine bien que tu n’es pas ce genre de psychopathe qui a lu mon blog de bout en bout et réécrit mes articles), c’est drôle (ou pas) de voir comme ces peurs sont universelles. Et j’y pensais récemment, c’est vraiment pour ça que devenir parent est peut-être la pire décision que tu peux prendre de ta vie, parce qu’il y a un avant et un après. Je peux m’imaginer survivre à la perte de ma mère, mon père, mes sœurs, mon mari (ce serait terrible, entendons-nous bien, mais surmontable)… mais m’imaginer survivre à la perte de mon enfant, ça non (je sais que ce serait sûrement le cas, mais il aurait pour toute ma vie une énorme fêlure en moi, que rien ne pourrait jamais réparer). Et du coup devenir parent, c’est vivre avec cette énorme épée de Damoclès au-dessus de soi, le truc qui en une seconde peut briser ta vie pour toujours. C’est vraiment ce que je trouve le plus dur, et c’est vraiment la seule chose qui me fait regretter d’être devenue mère. Pas la perte de ma liberté, pas la perte d’une grande partie de mes économies, pas la perte de ma carrière prometteuse. Mais la perte irrémédiable de mon insouciance.

    C’est super gai, tout ça, hein 😀 J’en pense des choses marrantes durant mes longues soirées d’insomnie, n’est-ce pas ? Non mais heureusement l’être humain est vachement bien fichu, et il est capable de passer outre ces angoisses (énormes, genre les pires qu’on puisse imaginer) et continuer à avancer, avec un optimisme qui frise l’indécence. C’est fou, non ? Moi ça me fascine.

    1. (oups, désolée je vois que j’ai posté plus haut un commentaire qui est parti en modération quand mon ordi portable s’est fait la malle et qu’en essayant de le rattraper, j’ai appuyé sur toutes les touches : évidemment, sens-toi libre de le supprimer :p)

  10. je garde ton post bien au chaud pour pourvoir le ressortir au moment venu ! Il fait aussi beaucoup de bien car quand nous sommes dans un process d’essais bébé on peut laisser de coter l’essentiel de ce que nous espérons tant !

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